I. LE DÉPÔT
Ce capital précieux, confié à chacun
En entrant dans le monde présent, l’être humain ne commence pas son existence les mains vides.
Dès le début, dans le ventre de sa mère, l’être humain commence à recevoir progressivement les composantes de ce dépôt confié.
Puis, au fil du temps, d’autres dimensions se déploient : l’intelligence, les émotions, la conscience.
Ce capital ne lui appartient pas en propre ;
il lui est confié, et il en est responsable, car il devra en répondre.
En arabe, cette responsabilité porte un nom : l’amānah.
La vie n’est donc ni un espace laissé au hasard, ni un terrain sans conséquence.
Elle est un dépôt divin confié à chaque être humain, et chacun sera un jour interrogé sur l’usage de ce qui lui a été donné.
Ce dépôt n’est ni identique ni réparti de la même manière entre les êtres humains.
Les situations, les capacités, les facilités et les difficultés varient d’une personne à l’autre.
Certains reçoivent davantage, d’autres moins.
Mais cette différence n’est ni un hasard ni une injustice.
Le plus est une épreuve, et le moins est aussi une épreuve.
Le Créateur corrige une confusion fréquente lorsqu’Il rappelle que l’être humain se trompe en pensant que l’abondance serait toujours un honneur, et que la difficulté serait une humiliation.
Dans les deux cas, il s’agit d’une mise à l’épreuve, non d’un jugement définitif.
Le Coran évoque l’illusion de ceux qui, comblés dans ce monde, pensent que leur situation garantit automatiquement une faveur dans l’au-delà. Ils se rassurent en croyant qu’ils trouveront encore mieux auprès de leur Seigneur.
Ce verset fut révélé à propos d’un homme riche mentionné dans la parabole des deux jardins. Fier de ses biens, il crut que sa prospérité était un signe de faveur durable et s’imagina qu’il serait encore plus avantagé après la mort.
« Je ne pense pas que l’Heure viendra. Et si je suis ramené vers mon Seigneur, je trouverai certes auprès de Lui un meilleur lieu de retour. » (Sourate18 Verset 36)
Le Coran dénonce également l’illusion de croire que la richesse prolonge la vie et protège de la fin. Certains pensent que leurs biens les rendront durables et éternels, alors que tout ce qui est accordé ici est temporaire.
« Il pense que sa richesse l’immortalisera. » (Sourate 104 Verset 3)
Mais le monde présent n’est pas le lieu de la rétribution finale : il est le lieu de l’épreuve.
Les composantes du dépôt
Ce que l’être humain reçoit comme dépôt se compose de cinq éléments essentiels, organisés selon leur importance réelle :
1. Le temps
Le temps correspond à l’âge et à la durée de la vie.
C’est le cadre de toute possibilité.
Lorsque le temps s’achève, il n’y a plus ni action, ni choix, ni retour.
Chaque instant est une part du dépôt qui s’en va sans revenir.
2. La santé, le corps et les sens
Ils permettent d’agir, de se déplacer, de voir, d’entendre, de parler et d’endurer.
Sans eux, le temps existe encore, mais la capacité d’agir devient limitée.
Même la faiblesse et la maladie font partie du dépôt, car elles portent elles aussi une épreuve et un sens.
3. Le cœur
Le cœur porte les intentions, les attachements, les peurs et les priorités.
C’est lui qui donne une valeur réelle à ce qui est vécu.
Un même acte peut être élevé ou vide de sens selon l’orientation du cœur.
4. La raison et la capacité de réfléchir
Elles permettent de comprendre, de discerner, de se remettre en question et de choisir consciemment.
Elles éclairent le cœur et aident l’être humain à orienter ses décisions dans le temps qui lui est accordé.
5. L’argent et les biens
Ils sont des moyens extérieurs, utiles mais secondaires.
Ils ne sont ni une fin ni une garantie.
Leur valeur dépend entièrement de l’usage qui en est fait avec le temps, la santé, le cœur et la raison.
C’est avec ces cinq éléments que chacun traverse ce monde.
Ils constituent le capital confié à partir duquel l’être humain agit, apprend, se trompe parfois, se corrige et avance.
Mais connaître le dépôt et la valeur de chacune de ses composantes ne suffit pas.
Ce qui donne réellement sens à ce que notre Créateur nous a confié, c’est la manière dont chaque personne l’utilise...